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Vieillir

vieillir en beauté !

VIEILLIR,  selon Bernard Pivot

Les mots de  ma vie

 Vieillir, c’est chiant. J’aurais  pu dire : vieillir, c’est  désolant, c’est insupportable, c’est  douloureux, c’est horrible,  c’est déprimant, c’est mortel.  Mais j’ai préféré « chiant » parce que c’est un  adjectif vigoureux qui ne fait pas triste.  Vieillir, c’est chiant parce qu’on ne sait pas quand  ça a  commencé et l’on sait encore moins quand ça finira.  Non, ce  n’est pas vrai qu’on vieillit dès notre  naissance. On a été longtemps si frais, si jeune, si  appétissant. On était bien dans sa peau. On se sentait conquérant. Invulnérable. La vie devant  soi. 

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Wenzel Ulrik Tornoe- Sewing with Grandmother (1844)

Même à cinquante ans, c’était encore très bien.  

Même à soixante.  Si, si, je vous assure, j’étais  encore plein de muscles, de  projets, de désirs, de flamme. Je le suis toujours, mais voilà,  entre-temps – mais quand  – j’ai vu dans le regard des jeunes, des hommes  et des femmes dans la force de l’âge qu’ils ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté, même à la marge. J’ai lu dans leurs yeux qu’ils n’auraient plus jamais d’indulgence à mon  égard. 

Qu’ils seraient polis, déférents, louangeurs, mais impitoyables.

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Arthur John Elsley-Divided Attention

Sans  m’en rendre compte, j’étais entré dans l’apartheid de l’âge. 

 Le plus terrible est venu des  dédicaces des écrivains,  surtout des débutants. " Avec respect ", " En hommage  respectueux", "Avec mes sentiments très respectueux ". Les salauds !  

Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de respect ? Les  cons !  Et du « cher Monsieur Pivot » long et solennel comme une citation à l’ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix ans de plus !

Un jour, dans le métro, c’était la première fois, une jeune fille s’est levée pour me donner sa  place. J’ai failli la gifler.  Puis la priant de se rasseoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, si je lui étais apparu fatigué. " Non, non, pas du  tout ", a-t- elle répondu, embarrassée.  "J’ai pensé que… "  Moi aussitôt : «Vous  pensiez que…? --  Je pensais,  je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir de vous asseoir. – Parce que j’ai les cheveux blancs?  –  Non, c’est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âgé que moi, ça a été un réflexe, je me suis levée…--    Je parais beaucoup beaucoup plus âgé que vous?  –  Non, oui, enfin un peu, mais ce n’est pas une question d’âge… -- Une question de quoi, alors?  –  Je ne sais pas, une question de politesse, enfin je crois…»  J’ai arrêté de la taquiner, je l’ai remerciée de son geste généreux et l’ai accompagnée à la station où  elle descendait pour lui offrir un verre. 

Vincent Van Gogh-Old man in sorrow (1890)

 Lutter contre le  vieillissement c’est, dans la mesure du possible, ne renoncer à  rien.  Ni au travail, ni aux voyages, ni aux spectacles,  ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l’amour, ni à la sexualité, ni au rêve.  Rêver, c’est se souvenir tant qu’à faire, des heures exquises.  C’est penser aux jolis rendez-vous  qui nous attendent.  C’est laisser son esprit vagabonder entre le désir et l’utopie.  La musique est un puissant  excitant du rêve. La musique est une drogue douce.  J’aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant soit  l’adagio du Concerto n° 23 en la majeur de Mozart,  soit, du même, l’andante de son Concerto n° 21 en ut  majeur, musiques au bout desquelles se révéleront à  mes yeux pas même étonnés les paysages sublimes de l’au-delà.  Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés. Nous allons prendre notre temps. Avec l’âge le temps passe, soit trop vite, soit trop lentement. Nous ignorons à combien se monte encore  notre capital.  En années? En mois? En  jours?  Non, il ne faut pas considérer le temps  qui nous reste comme un capital.  Mais comme un usufruit  dont, tant que nous en sommes capables, il faut jouir sans modération. Après nous, le déluge? Non,  Mozart.

Commentaires (1)

1. Jean-Paul BICHEYRE 28/11/2012

"On ne voit vieillir que les autres" a écrit André Malraux dans 'Les chênes qu'on abat"

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