Les canons de la beauté

 

On désigne par canon de beauté les normes ayant cours à une certaine époque concernant ce qui est considéré comme beau, et ce qui ne l'est pas. Ces normes évoluent, et ce qui était considéré comme beau il y a un siècle ne le sera plus forcément aujourd'hui. Les canons de beauté suivent l'évolution de la mode.

Les canons esthétiques ont toujours existé, quelle que soit l'époque ou la civilisation. Ces critères de beauté imposent une dictature incessante sur le corps. Tantôt, on le veut filiforme, épuré, et comme aujourd'hui, quasiment squelettique. Tantôt, on le souhaite repu, grassouillet, parfois obèse, comme celui des égyptiennes des époques islamiques.

Certaines femmes étaient, sont, et seront prêtes à tout, pour devenir un canon de beauté.

L'idéal féminin à travers les âges et à travers le monde

L'antiquité

Les critères esthétiques évoluent: plus trapus, plus sportifs à l'époque des pyramides, les corps féminins et masculins se sont un peu allongés.

La taille s'est faite plus fine, les hanches plus hautes. La femme devient fille fleur: très mince, la poitrine menue, les jambes très longues.

Les femmes des époques islamiques prenaient soin de leur apparence et s'y intéressaient beaucoup. Pendant la période mamelouke, les femmes considérées comme très belles étaient celles qui avaient un teint doux et clair et un visage rond. Contrairement aux femmes antiques, elles étaient généralement très grosses, avec une poitrine imposante et de larges hanches. Pour répondre à ce critère, les femmes de cette époque essayaient d'être très grosses pour plaire aux hommes.

En Chine, les pieds menus firent l'admiration des Chinois dès le Xème siècle. Les danseuses de la cour impériale portaient des chausses très étroites pour que leurs pieds paraissent plus petits. La coutume se répandit et le bandage des pieds prit des aspects cruels et ritualisés. Les quatre orteils de l'enfant étaient repliés vers la voûte plantaire et maintenus en place par un bandage. Une fois les pieds complètement bandés, la fillette était forcée de marcher sur ses nouveaux pieds malgré la douleur. L'objectif était de produire une rareté culturellement valorisée, le "lotus d'or", ou pied ne dépassant pas 7.5 cm (à 10 cm, c'est un lotus d'argent). Son aspect monstrueux n'empêchait pas le pied de lotus d'être considéré comme la partie la plus érotique du corps féminin. Ce rituel vieux de mille ans est devenu un motif de honte, et les souliers de lotus sont pour les Chinois les reliques d'un passé qu'ils veulent oublier. 

   

Au XVIème siècle, à Venise, des chaussures appelées chopines élèvent les femmes à des hauteurs atteignant 75 cm. Plus une femme était noble, plus ses chopines étaient vertigineuses! Il fallait l'aide de deux domestiques pour marcher dans ces chaussures ridiculement peu pratiques. Elles faisaient l'orgueil des élégantes, en dépit des moqueries des voyageurs venus voir ces femmes statufiées sur leurs piédestaux. Les chopines furent interdites suite au nombre impressionnant de Vénitiennes victimes de fausses couches à la suite de chutes. Dans le reste de l'Europe, la mode se répandit jusqu'à la fin du XVIIIème siècle.

   

Sous l'Ancien Régime (1492-1789), les canons de beauté étaient d'avoir le teint le plus blanc possible, d'où le recours, abusif parfois, aux fards, aux poudres de riz, mais aussi aux mouches, aux faux grains de beauté, faits de mousseline noire, collés sur le visage ou la poitrine, pour faire ressortir cette blancheur du teint.

   

Raphael- La Dame à la Licorne

Belles à en mourir

Les femmes ont utilisé des corsets du XVIè siècle jusqu'à la mode des robes-tubes des années 1920 qui donnaient une taille de guêpe. Pendant la période des corsets, c'était la taille et sa finesse qui étaient les plus regardées. Le corset pressait tant l'estomac des femmes que leur plexus solaire était beaucoup trop comprimé. Elles s'évanouissaient beaucoup, et particulièrement après les repas. Les vapeurs des dames de l'époque n'étaient donc pas pure coquetterie, mais bien de véritables malaises.

Un journal parisien de 1859 rapporte le fait divers suivant:

"Une jeune femme, dont toutes les rivales jalousaient la finesse de la taille, mourut deux jours après le bal. Le résultat de l'autopsie fut étonnant: le foie avait été percé par trois côtes! Voilà comment mourir à 23 ans, non du typhus ou en accouchant, mais à cause d'un corset!"

On constate qu'après chaque grand bouleversement historique, un nouveau modèle de beauté prend forme. Au XIXè siècle, après le traumatisme de la révolution française, le modèle de la femme plantureuse domine. Parallèlement, apparaît un nouveau canon de beauté contradictoire avec la féminité bourgeoise bien en chair: la féminité maladive, mince et pâle (la Dame aux Camélias), induisant l'idée que la maladie élèverait au-dessus des standards collectifs, qu'elle donnerait au visage une étrange splendeur.

  

Au début du XXè siècle apparaît la beauté avant-garde "garçonne".

Louise Brooks

Après la première guerre mondiale, c'est l'évolution vers la mode androgyne. Le grand cycle de la minceur commence.

Après le choc de la seconde guerre mondiale, c'est le retour de la beauté corporelle sexuelle exubérante (modèle: Marilyn Monroe)

En 1959, l'irruption de la poupée Barbie, aux mensurations irréelles, tout de suite suivie du mannequin Twiggy, "la Brindille", égérie des années 60, achève de modifier le regard sur la beauté. L'image lascive de la féminité est supplantée par de nouveaux codes référents, ceux de la minceur notamment, devenus ceux de la maigreur.

  

 Twiggy (brindille)

Certaines jeunes filles ou femmes sont tellement obsédées par le fait de rester minces qu'elles passent leur vie à se priver, afin de plaire à celui qu'elles aiment. Les publicités font tellement pression sur nous qu'elles nous donnent le sentiment d'être a-normaux si on ne se plie pas aux règles établies. Cela peut conduire à des comportements dangereux qui mettent notre santé en péril: "L'anorexie est liée à une quête identitaire, une recherche poussée à l'extrême de la maîtrise de l'esprit sur le corps. L'esthétique du "maigre" impliquant le contrôle absolu de son corps par opposition au laisser-aller du "gros". L'industrie de la mode n'est pas la seule à nourrir cette vision. L'industrie alimentaire, avec les produits light, l'industrie cosmétique avec les crèmes gommantes, amincissantes, contribuent à ce culte de la minceur".

(Nathalie Rikyel)

   

Avec les Baby-Boomers et la guerre du Vietnam (années 70), le virage est à 180°. On se dirige vers une beauté nature Hippie.

Années 80: le mouvement est contredit par la laideur du mouvement punk (rejet de l'idéalisme hippie).

   

Dans les années 90 (crise économique, drogue, sida), la beauté-santé volontariste et rituelle se fait une place de plus en plus grande.

Aujourd'hui, en Occident, c'est un teint hâlé, la minceur et la sportivité qui priment.

Quand le corps s'adapte à la mode, les résultats sont parfois stupéfiants. Les femmes s'infligent des tortures confondantes.

La femme-girafe

Pour une tribu de Zimbabwé, la femme qui avait le cou le plus long était considérée comme la plus belle. Dès l'enfance, on rajoutait au fil des ans de plus en plus d'anneaux de manière à ce que le cou atteigne une longueur de 40 à 50 cm et plus. Les anneaux n'étaient jamais enlevés car l'absence totale de musculature cervicale aurait entraîné une mort immédiate. Ces coutumes ont eu lieu en Asie aussi. Imaginons un instant les choses au niveau de l'hygiène du cou!

      

Les plateaux à lèvres

Au Soudan, les femmes ont des plateaux à lèvres de forme ronde ou angulaire qui constituent depuis longtemps en Afrique un outil d'esthétisation du corps féminin. Cette parure était portée traditionnellement en présence des hommes et des beaux-parents. Les femmes essayaient de cette manière de ressembler à certains oiseaux.

      

   Que déduire de tout ça? Qu'on ferait tout et n'importe quoi pour être accepté et aimé. Que la perception de la beauté est relative aux époques et aux civilsations du monde. Heureusement quand même qu'on possède assez de personnalité pour ne pas suivre comme des moutons les diktats de la mode. Heureusement aussi que l'apparence physique est loin de suffire et qu'un être humain représente bien plus que ça. C'est un lieu commun de parler de beauté et de richesse intérieures, mais c'est une réalité. Quel est l'intérêt, en effet, de communiquer avec quelqu'un de beau, juste beau?

Commentaires (3)

1. Chloé 01/08/2009

Bonjour, bonjour !!

Je ne sais pas exactement comment fonctionne ce genre de site ni qui vous êtes mais bon.

Je cherchais des infos sur les idéaux féminins du XIXème et XXème siècles. Et je suis tombée sur votre site. Il ne m'a pas dit tout ce que je voulais savoir mais c'est déjà un début !!! Merci en tout cas pour ces quelques éclaircissements. Je pense aussi que l'on peut se fier à ce que vous dites.

Communiquer avec quelqu'un de beau mais vide, c'est pour le plaisir des yeux mais pas de l'esprit. C'est mon point de vue. Mais il faut quand même ajouter que c'est toujours agréable de parler avec quelqu'un de beau ET de "plein".
Ma curiosité n'étant pas étanchée sur le sujet des canons de beauté, je retourne à mes recherches.
Bonne continuation à vous en tout cas.

Sympathiquement.
Chloé

2. Kate 02/08/2009

Tout à fait d'accord avec toi, Chloé. Quel ennui, quelqu'un de beau et de creux!De toute façon, à mon avis,ce que l'on est transparaît extérieurement sur notre visage, l'intelligence, le caractère..... On lit beaucoup de choses dans l'expression du regard.
Bien sûr que mon sujet n'a pas été traité de façon exhaustive, il y a tant de choses à dire dans ce domaine qu'une thèse n'y suffirait pas.
Mon site est éclectique car je m'intéresse à beaucoup de choses.
Bonne continuation dans tes recherches!
Amicalement
Kate

3. Dulac Betty 10/12/2010

Chère Kate,
Tout d'abord, merci pour vos précieuses recherches qui ont été pour moi une mine d'or pour préparer ma séquence de français!!
Ensuite, je cherche désespérément les auteurs et les noms des tableaux qui commencent votre page. Si vous pouviez me les faire parvenir, cela me rendrait grandement service . Cordialement, Betty

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